S’exposer sur internet : entre nécessité et limites pour une bibliothèque

S’exposer sur internet : entre nécessité et limites pour une bibliothèque

A l’heure d’internet, il n’est plus concevable pour une bibliothèque de ne pas être présente sur le réseau des réseaux, lieu essentiel d’échanges et de diffusion culturelle. Disposer d’un site internet, c’est d’abord s’exposer ; cela est devenu une absolue nécessité. Avec un taux de pénétration de plus de 60% de la population française en 2011, le haut débit devient la règle. Et chaque établissement culturel est désormais amené à concevoir une stratégie de communication, voire une stratégie marketing adaptée au web. Il en va de même pour les bibliothèques, dont le public voit ses habitudes culturelles bouleversés. Depuis 1973 (date de la première enquête sur les pratiques culturelles des Français), le contact avec le livre s’est généralisé mais les habitudes de lecture ne se sont pas massifiées.

Elles sont même en stagnation jusqu’en 1997 et en diminution constante depuis. Sur les dix dernières années, le temps moyen passé à lire sur une journée a diminué de 3 minutes ; le nombre de « gros lecteurs » s’est réduit, le nombre moyen de livres lus également. Les pratiques et usages culturels se sont déplacés vers les écrans. Dès 1997, la télévision apparaissait comme prépondérante. L’enquête de 2008 consacre la culture de l’écran et le poids croissant d’internet dans un usage quotidien de plus en plus régulier et intensif.

Ce transfert affecte profondément le rapport à la communication culturel qui ne doit plus passer uniquement par les vecteurs classique, mais se déporter bien davantage vers l’internet. Les bibliothèques se sont saisi de cela avec difficulté et quelques réticences (justifiées).

1. A quoi sert un site internet et que proposer aux usagers ?

Communiquer sur internet passe par la mise en œuvre d’un site. Cette étape est cruciale pour une bibliothèque, pour son identification dans le paysage communal, sa lisibilité et sa légitimité. Disposer d’une simple page d’information sur le site de la commune est plus qu’insuffisant. Avoir seulement sont catalogue en ligne est également totalement insatisfaisant.

Un site dédié permet d’ « exister ». L’information à mettre à la disposition des usagers est d’abord d’ordre pratique :

  • adresse, localisation, plan d'accès,
  • horaires d'ouverture,
  • structuration des principaux espaces de la bibliothèque,
  • offre documentaire (volumétrie),
  •  et principaux services.

Il convient ensuite de permettre aux usagers d’accéder aux informations bibliographiques et de proposer donc un catalogue en ligne. Une recommandation essentielle pour la mise en oeuvre d’un catalogue en ligne est surtout de proposer une interface d’interrogation s’approchant le plus possible des standards proposés par les moteurs de recherche du web (Google, etc.) de fait, cela permet d’offrir aux usagers de la bibliothèque un outil simple, proche de leurs habitudes de recherche. Au-delà, ce sont les services traditionnels de l’établissement qui doivent être dématérialisés (mis en ligne) :

  • les prolongations,
  • les réservations,
  • ainsi que les suggestions d'achat.

Le site peut prendre soit la forme d’un portail (dont la principale limite est qu’il est peu modulable, contraint et d’un coût de  maintenance élevé) soit celle d’un CMS assez souple qui permet des évolutions rapides pour un coût assez peu élevé et gérable (Drupal, Spipp ou Joomla sont des logiciels libres tout à fait corrects de ce point de vue). Pour les bibliothécaires, plus le site est complexe d’usage, plus il leur sera difficile de se l’approprier et de le mettre à jour. S’exposer, c’est donc se rendre lisible et proposer aux usagers des informations essentielles sur le fonctionnement d’un service public.

2. Un outil de valorisation de la bibliothèque et de son personnel

Le site internet permet également de mettre à disposition des usagers toute l’information utile sur la politique d’action culturelle de l’établissement. La meilleure manière de valoriser tout le travail effectué en ce domaine est de proposer un retour sur chaque animation (sous la forme d’un petit compte rendu, d’un reportage photographique et/ou d’un lien vers l’article de presse qui aura pu en découler). Chaque animation peut faire l’objet d’un traitement approfondi.

Le site au-delà de sa simple fonction informative permet d’apporter des éléments pour approfondir un domaine ou découvrir en amont comme en aval un auteur. Dans le fonctionnement d’une équipe, un site internet peut être utilisé comme un véritable outil de management dynamique d’une équipe, transcendant les clivages liés à la hiérarchie parfois trop présente dans les collectivités. Dans ce contexte, l’équipe en fonction des découpages sectoriels ou par type de public doit être amenée à produire le contenu pour le site internet. La stratégie de communication numérique devient alors un outil de pilotage pour la direction de l’établissement (mais il est alors impératif d’associer l’ensemble des agents en fonction de leurs compétences).

3. Investir les réseaux sociaux : la limite de l’exercice ?

La mode actuelle est pour une partie de la population des internautes d’investir des sites spécialisés et communautaires où ils s’exposent. La grande majorité du public sur ces sites – les réseaux sociaux – sont des 15-25 ans (les digital natives) ; toutefois, chacun y vient peu à peu sous la pression de la communauté et sous la pression médiatique. Chaque internaute devient l’acteur principal de la médiation/médiatisation de sa propre vie (avec toute la part de danger que cela comporte). Ces communautés virtuelles amènent à déposer de nombreuses données/informations à caractère personnel ; elles s’en nourrissent et -le plus souvent – les revendent. Pourquoi les bibliothèques/médiathèques ont intérêt à investir ces sites ? Pour la simple et bonne raison qu’une part de leur usagers s’y trouvent et que passer par les réseaux sociaux permet de limiter la dimension institutionnelle du site internet de la bibliothèque. Cette dimension constitue un réel frein à l’utilisation des ressources sur les sites de bibliothèques (outils de partage de données, participatifs, d’expression personnelle, etc.)

Investir ces sites permet également – potentiellement – de toucher un public ne fréquentant pas la bibliothèque (les non-usagers), public au demeurant le plus souvent fantasmé. Que dire sur les réseaux sociaux ? Il ne faut surtout pas y transposer le contenu du site internet ; une page « Facebook » ne doit pas faire double emploi ; bien au contraire, il convient soit de thématiser l’information qu’on y dépose, soit y introduire un ton, une empreinte – décalée ou non – présentant la bibliothèque et son action sur le territoire où elle se trouve. Cependant, cela nécessite du temps, d’immobiliser donc du personnel ; ce n’est pas une fin en soi mais un outil de communication au service de l’établissement et de son fonctionnement quotidien. Reste donc à mesurer l’importance à y accorder. Elle doit somme toute rester modeste.

4. Editorialiser ?

Le credo de Patrick Bazin depuis qu’il mit en oeuvre à la BM de Lyon le Guichet du savoir et une série de services en ligne connexes est la question de l’éditorialisation de contenu et de la production de contenu par les bibliothèques. Donner le ton ou avoir un ton est un moyen de se distinguer. Les bibliothèques sont le lieu de l’information, de la rencontre également ; elles disposent de collections accumulées riches mais sous exploitées. Les bibliothécaires sont devenues avec l’irruption d’internet dans le métier et dans leur quotidien, des professionnels de l’information, maîtrisant parfaitement toutes les techniques documentaires. En s’exposant sur Internet, pour conserver leur légitimité, nos établissements doivent produire de l’information comme en délivrer mais en la médiatisant. Editorialiser – donner un ton à l’information que l’on transmet – c’est simplement faire oeuvre de médiation numérique.

Produire du contenu, c’est par exemple offrir aux internautes-usagers :

  • des blogs spécialisés,
  • des tutoriels dans différents domaines,
  • des bibliographies,
  • des portails permettant de valoriser le contenu patrimonial des collections numérisés,
  • des outils pédagogiques (fiches pratiques, etc.)

Cette approche nécessite beaucoup de temps ; toutefois, elle permet de redonner une forme d’identité aux bibliothécaires (qui l’ont en partie perdue). Elle permet aussi de remobiliser les compétences des équipes au travers d’un outil de médiation.

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