Internet et l’invention de l’imprimerie

La naissance du livre moderne a été un accouchement long et difficile. Une succession de découvertes techniques agrégées a donné naissance à l’imprimerie à caractères mobiles (depuis l’invention du papier jusqu’à la découverte de la fonte des caractères en passant par la presse à xylographier).

La Bible de Gutenberg est avant tout une opération et une aventure commerciale avant d’être une rupture technique majeure. L’utilisation de la presse et des caractères mobiles constitue la principale révolution. Car l’oeuvre produite est une copie. On substitue à la copie manuelle lente des manuscrits un moyen technique de reproduction plus rapide et perfectionné.

Gutenberg n’a pas découvert tout l’intérêt de l’instrument technique qu’il a utilisé à Strasbourg ; si 1452 est un moment clef, ce n’est pas une rupture ; le changement se fait peu à peu. Les imprimeurs-éditeurs découvrent progressivement tous les avantages et toutes les possibilités techniques offerts par l’imprimerie à caractère mobile. Et, le livre devient un véritable produit et plus la simple copie d’un manuscrit. L’objet complexe commence à apparaître.

Il faudra près de 40 années pour que le livre tel que nous le connaissons apparaisse. Il ‘agit des Chroniques de Nuremberg, publiées pour la première fois en 1493. Et, la massification de la production de livres ne s’opère que dans les 30 années suivantes. Le livre se démocratise réellement à partir des années 1520.

L’abandon progressif des abréviations, le recours à des fontes plus simples, l’intégration du colophon, des tables des matières, des index,  etc.  – de tous ces outils qui font le livre – ne se fit que sur un temps long ; et, les premiers usagers de l’imprimerie n’avaient pas conscience de toutes ses possibilités.

L’apparition d’internet et ses usages tâtonnant suivent le même schéma que pour l’imprimerie, notamment en matière d’accès au savoir. Nous traversons une période de changements techniques profonds qui bouleverse notre quotidien dans ses moindres détails et recoins. Les échanges, l’accès au savoir, la pratique de la démocratie en sont profondément bouleversés. Nous sommes conscients de ces bouleversements sans en saisir toute la nature, ni pouvoir porter un regard prospectif.

Cette conscience est une chance ; le manque de visibilité, une calamité. Néanmoins, en bibliothèque, il est particulièrement important de continuer à expérimenter car les modèles peu à peu se structurent ; ils seront toutefois beaucoup plus mouvant et évolutifs. Et cette perpétuelle adaptation deviendra l’aune du métier.

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