Un entretien avec Lionel Dujol : la médiation numérique

Lionel Dujol est en charge de la médiation numérique au sein de la médiathèque de Romans. Il est spécialiste des questions de médiation numérique et anime un blog sur le sujet.

Il a développé tout un discours sur la question et anime une formation sur ce thème avec Sylvère Mercier pour le compte de l’Inet (BiblioQuest).

Quel est votre parcours ? et comment en êtes vous arrivé à la médiation numérique ?

Je suis historien de formation et je me destinais à être enseignant chercheur en histoire urbaine. Je n’avais ni la fibre du bibliothécaire et ni un amour particulier pour les livres. Je suis arrivé dans le monde des bibliothèques par un concours de circonstance …. Concours que j’arrive néanmoins à décrocher en 1998, date à laquelle j’arrive à Romans sur Isère. J’étais internaute et très intéressé par l’émergence de ce que nous appelions à l’époque les autoroutes de l’information. Et c’est tout naturellement – presque par défaut – que je m’occupe du projet du site web de la médiathèque. En fait, il ne s’agissait pas d’un site a proprement parlé mais d’un opac web qui brillera par sa froideur et sa rigidité technique. Je comprends que cet outil ne pourra jamais être celui qui nous donnera une présence web digne de ce nom. Cette frustration va être le départ de ma réflexion sur ce que nous appelons aujourd’hui la médiation numérique.

Qu’est-ce que la médiation numérique selon vous ?

Silvère Mercier a proposé une définition qui fait autorité aujourd’hui :

“La médiation numérique est une démarche visant à mettre en œuvre des dispositifs de nature techniques, éditoriaux ou interactifs pour favoriser l’accès organisé ou fortuit, l’appropriation ou la dissémination de contenus à des fins de diffusion des savoirs et des savoir-faire.”

Il s’agit d’organiser une rencontre. Celle d’une offre et d’une demande documentaires. Mais cette rencontre ne peut s’effectuer dans la prescription d’un seul et unique parcours vers les collections. L’usager est multiple, emprunteur ou simple consultant, inscrit ou non inscrit, usager internaute de la bibliothèque hybride ou internaute usager de la bibliothèque en ligne seulement, habitant du territoire physique ou habitant du territoire numérique. Toutes les combinaisons sont possibles. La bibliothèque se doit de proposer le plus grand nombre possible de portes d’entrée vers les collections. Le site institutionnel de la bibliothèque et son catalogue en sont une. Nous devons en proposer d’autres. Aux bibliothécaires d’orienter l’usager internaute plus que lui prescrire un parcours.

De nombreuses bibliothèques ont déjà engagé ce travail en s’emparant des nombreux outils du web social, les blogs ou encore les réseaux sociaux. Ces espaces sont souvent pensés comme des annexes du site de la bibliothèque sur le web social. Des outils de dissémination de l’information institutionnelle qui s’inscrivent dans une stratégie de communication afin de faire mieux connaître l’institution et donner une image moderne de la bibliothèque et de ses agents.

Mais cette approche n’est pas suffisante, il faut aussi proposer et disséminer des contenus éditorialisés présentant une plus value informationnelle certaine. Cette large diffusion d’informations à valeur ajoutée est une condition nécessaire pour susciter des interactions avec des internautes, pour participer à la médiation culturelle sur internet qui est aujourd’hui organisée par les vendeurs et les grands médias. Une véritable force à l’heure où beaucoup d’usagers internautes se perdent dans la jungle informationnelle et sont demandeurs de recommandations, de pistes à explorer. Il est important que la bibliothèque se positionne au sein des communautés d’intérêt qui animent le web social et qui vont bien au delà des usagers de la bibliothèque.

Si la gestion d’un fonds documentaire reste un pilier de notre métier, il n’est plus exclusif. La gestion de « sa visibilité », la recommandation de ressources externes et l’animation du réseau des lecteurs et/ou des communautés d’intérêts potentiels rattachés à ces documents sont d’une importance égale si ce n’est plus à l’heure du web social. La bibliothèque s’éditorialiste, le bibliothécaire devient le “journaliste de ses collections” et des ressources web qu’il aura repérées. Il s’agit ni plus ni moins de mettre à disposition de tous – usagers et internautes – une expertise bibliothécaire au sein de la société du savoir et de l’information qui s”inscrit dans un territoire physique et numérique. Une médiation globale dans un espace documentaire pensé de manière global. C ‘est ce que nous essayons d’expérimenter dans les Médiathèques du Pays de Romans.

Au-delà de votre travail de veille, qu’expérimentez-vous au sein des Médiathèques du Pays de Romans ?

En 2006, nous lançons Everitouthèque, un blog de recommandations de lecture et d’écoute à travers des thèmes et des genres forts. L’écriture est collaborative. Une vingtaine de bibliothécaires, des lecteurs, des libraires locaux, des partenaires contribuent. Le succès de ce blog a permis de valider le projet de médiation numérique des collections au sein des Médiathèques du Pays de Romans. Cela s’est traduit par la création d’un poste de responsable des services numériques et de la médiation numérique des collections – poste que j’occupe. Aujourd’hui nous avons un portail de contenus, une page Facebook et un compte twitter portant l’identité numérique institutionnelle. L’identité thématique de la bibliothèque est elle défendue via quatre blogs, un profil Facebook sur la Bédé et un compte twitter sur la culture numérique. S’y ajoute de nombreux outils de scénographie numérique des collections tels que des cartes, des frises chronologiques ou des « dossiers documentaires animés » conçus avec le service Prezi.

La médiation des collections est enfin globale et se décline sur des supports tangibles. La médiation est donc organisée en un écosystème informationnel dans lequel chaque contenu se ré-impacte sur tous les supports. La médiation dans le lieu physique doit exister dans l’espace numérique de la bibliothèque et vis et versa.
Ce travail de médiation numérique ne s’improvise pas et ne se résume donc pas au simple fait d’ouvrir un blog ou une page sur Facebook. La réussite de ces dispositifs s’appuie sur un projet éditorial et une (ré) organisation de la bibliothèque. Organisation d’une chaîne de publication et de validation des contenus proposés par la bibliothèque, intégration de ce travail dans le temps de travail effectif des agents, révision des profils de postes pour les bibliothécaires producteurs de contenus, mise en place d’un plan d’accompagnement de tous les agents afin qu’une culture numérique commune existe au sein de l’équipe. Il s’agit notamment de cycle de conférences en interne, “Les jeudis du numérique”, d’un portail interne de veille “Face B” ou encore de favoriser l’auto-formation et sa valorisation.

6 réflexions au sujet de « Un entretien avec Lionel Dujol : la médiation numérique »

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