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La TVA sur l’édition et donc sur le livre

L’une des forces de la chaîne du livre en France résidait dans un taux de TVA très faible sur les livres, soit 5.5%. Couplé à la loi Lang, cela permettait de disposer de livres finalement peu chers, à un coût abordable et dans un marché où la concurrence était organisée. Ces deux éléments ont également permis de maintenir un réseau de librairies de proximité encore très dense.
L’année 2011 a été marquée par une contraction des ventes en librairie de proximité, une diminution de la trésorerie moyenne des libraires ainsi qu’une réduction de la marge nette.
Passée inaperçue au milieu de l’ensemble des mesures du plan d’économies présenté le lundi 7 novembre par le premier ministre, la hausse de la TVA affecte également l’édition, et donc le livre. Le point et demi d’augmentation aura des répercussions immédiates en 2012. Celles-ci restent à définir précisément ; il est toutefois possible d’émettre quelques hypothèses :

  • la première  – et la plus vraisemblable – est celle d’une hausse du prix du livre, prix fixé par les éditeurs ; mais cela ne sera vraiment que pour les livres édités à partir de 2012 ;
  • la deuxième tient dans la dépréciation mécanique de la valeur des stocks des librairies de 1.5% ;
  • la troisième tient dans une possibilité à ne pas négliger : si le prix du livre n’augmente pas ; alors la charge de l’augmentation de la TVA sera reportée sur l’ensemble des acteurs de la chaîne, en particulier sur les libraires ; cela signifie que la librairie sera davantage fragilisée qu’elle ne l’est en cette fin d’année.

La Fill s’est immédiatement emparée de cette difficulté en lançant un appel.

Toutefois, tout dépendra de la manière dont sera répercutée cette hausse. La chaîne du livre est dans l’ensemble fragilisée et connaît de profondes mutations liées au numérique, en particulier à la vente sur internet. C’est une nouvelle gageure qui se fait jour pour elle.

Une e-librairie à l’heure des readers : entretien avec Bernard Strainchamps

La librairie Bibliosurf.com fut l’une des premières sur internet à se poser comme une e-librairie à part entière ; Bernard Strainchamps, bibliothécaire de formation et formateur également, s’est lancé dans l’aventure numérique, il y a près de cinq ans. Son travail fait forte impression, mais il connaît quelques difficultés actuellement du fait des modifications de algorithme de Google et surtout du positionnement d’Amazon. Il a bien voulu répondre à quelques questions.

1. Comment êtes-vous arrivé au constat de la nécessité de passer au tout numérique dans le domaine de la librairie ?
Il y a six ans, j’avais organisé à la BDP de l’Essonne une journée sur l’encre électronique et la dématérialisation. A l’issue de cette journée, j’ai compris que si je voulais participer à l’avènement du numérique, il fallait que je quitte la fonction publique. Il y a presque 5 ans, j’ai créé Bibliosurf avec cette perspective de basculement vers le numérique sans avoir aucune hostilité envers le papier.
Je pensais alors que le numérique serait comme Internet un démultiplicateur d’accès au document. Le libraire reprenant la fonction d’éditer, au centre d’un réseau de lecteurs et d’auteurs.

2. Quel est votre modèle économique et quelles sont ses limites ?
Bibliosurf est une librairie qui joue la carte de la médiation : sélection de livres (à peine 5% de la production éditoriale), enrichissement des notices des éditeurs, avec des chroniques, des interviews, des liens sortants, catalogue scénarisé en fonction des recherches, de l’actualité et de ce qui se dit sur le net. Derrière l’écran, il n’y a pas d’informaticien mais un libraire qui utilise des logiciels libres. Il faut être bon dans de nombreux métiers ce qui est impossible. Il y a des incompatibilités, par exemple entre le métier de médiateur et celui de vendeur. Par ailleurs, choix idéologique, les contributeurs ne sont pas tracés et les clients ne sont pas relancés. En France, dans ce pays si critique, le plus difficile est pourtant de convaincre que « small is beautiful« . Il faut arracher chaque client à une librairie physique ou sur le net.
Quand j’ai créé Bibliosurf, j’espérais que le numérique enlèverait le poids des frais de port gratuits qui laminent toutes les marges. Et je n’ai pas vu arriver les liseuses liées à une seule librairie et les
portables et autres tablettes qui ne fonctionnent plus qu’avec des applications qui sont lourdes à développer. Par ailleurs, je n’avais pas prévu que les gros acteurs de cette mutation allaient créer leurs sièges sociaux au Luxembourg.

3. Quelle est la physionomie de la clientèle sur Bibliosurf ?
La clientèle papier et numérique est constituée de très gros clients, très fidèles et d’une masse de clients occasionnels qui arrivent par Google. Le modèle de Bibliosurf est mis en danger depuis la mi aout par Google panda qui filtre le contenu dupliqué et rend plus difficile l’accès pour une librairie aux premières places sur une recherche titre/auteur.
4. Qu’attendez-vous de la loi sur le prix unique du livre numérique ?
Cette loi est très contestée par la blogosphère numérique. Alors que l’on entre dans un processus d’industrialisation massive, elle est pourtant un petit rempart pour les librairies. Je sais qu’Amazon passe pour le chevalier blanc qui lutte contre les prix chers. Personnellement, c’est avec regret que je constate que quelques grandes multinationales profitent de la mutation technologique pour assoir leurs emprises sur un secteur du livre déjà fragilisé par la crise. J’ai déjà lu sur le net : adaptez-vous ou mourrez ! Ou pire : on n’a plus besoin de libraires avec Internet.
Et, je sais aussi qu’une partie avancée des bibliothécaires ne soutient plus la librairie indépendante. Aussi, je pousse la logique jusqu’au bout et propose d’attribuer une délégation de service public à Amazon pour la gestion des prêts numériques en France. Pour participer, il suffira aux bibliothèques d’installer un widget sur leur site. Et, si le Kindle store est installé au Luxembourg et échappe à l’impôt, cela ne pose pas de problème : on vit dans un monde ouvert et moderne. C’est un peu provocateur pour finir une interview. Mais comme il est dit sur Bibliosurf : derrière l’écran, il y a un humain.